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L'évolution des paradigmes dans le domaine de la recherche d'information Yolla POLITYGroupe RI3 (Recherche Intelligente et Interactive de l'Information)
Communication au groupe de travail "Théories et Pratiques scientifiques (TPS) de la SFSIC, le 3 mars 2000 Le texte qui suit est un résumé de la partie " positionnement théorique " du rapport final (1) d'un travail effectué par trois équipes ERSICO, RECODOC et RI3 dans le cadre d’un contrat avec l’Agence Rhône-Alpes en sciences humaines et sociales)
Jusqu’au début des années 80, les travaux de recherche en sciences de l’information ,et plus particulièrement dans le domaine de la recherche documentaire, ont été gouvernés par un paradigme qu’on a appelé le paradigme classique orienté-système (2) : classique parce que les concepts développés sont encore à la base de l’enseignement universitaire dispensé dans la discipline, orienté système car la focalisation porte sur le système technique et non pas comme dans le paradigme suivant sur les aspects humains. Je ne m’étendrai pas sur les travaux réalisés à l’intérieur de ce paradigme et qui sont à l’origine des systèmes documentaires que nous utilisons aujourd’hui. Trois éléments principaux sont pris en compte pour étudier et optimiser les performances du système : les langages d’indexation pour représenter les documents, les langages d’interrogation pour formuler les requêtes et enfin et surtout les algorithmes d’appariement entre les termes d’indexation et les termes de la requête. Les moteurs de recherche sur Internet sont les héritiers de cette tradition. L’usager (qui d’ailleurs à cette époque n’est pas l’usager final mais l’intermédiaire documentaliste ou bibliothécaire) doit s’adapter au système et apprendre à exprimer son besoin d’information sous forme d’une requête syntaxiquement correcte. Dans les années 80, le paradigme de la recherche d’information a commencé à s’élargir pour inclure les utilisateurs et leur interaction avec le système. C’est ce qu’on a appelé le paradigme cognitif orienté-utilisateur (3). Les systèmes d’information sont alors considérés comme des systèmes de communication entre un producteur d’information (l’auteur) et un utilisateur, le système informatique ayant pour objectif de faciliter cette communication. Les facteurs humains acquièrent une grande importance et la nécessité de connaître les utilisateurs engendre de nombreux travaux que l’on peut regrouper sous le thème " étude des usagers " (users studies). On trouve des milliers d’articles, d’études et de rapports sur la " connaissance des publics ", la "mise au point de modèles utilisateurs ", les " analyses de besoins ", les " enquêtes de satisfaction", etc. De nombreuses méthodes issues des sciences sociales sont largement utilisées pour appréhender cet objet fuyant et mal connu qu’est l’utilisateur final des services d’information (end-user). Selon qu’on vient du monde de la bibliothéconomie, de l’informatique ou de la gestion, et selon les objectifs que l’on se fixe, la préférence est donnée à des méthodes relevant de la sociologie, de la psychologie cognitive, de l’ergonomie, des statistiques ou encore du marketing. Yves Le Coadic, dans deux manuels récents (4), fait le point sur la question. Il définit les notions parfois floues d’usager, d’utilisateur, de client, de public, présente les méthodes de conception et de réalisation d’une étude centrée-usager, tout en distinguant clairement l’étude des usages et celle des usagers. Il s’interroge sur les typologies d’usagers obtenues à l’issue de ces études, typologies qu’il trouve décevantes et dont il donne quelques exemples : celles basées sur l’expérience de l’usager (expert/naïf, régulier/irrégulier, spécialiste/tout-venant), celles basées sur les socio-styles (les brouteurs/ les butineurs/ les dévoreurs, ou comme dans les études de la BPI, les conformes/ les démonstrateurs/ les spectateurs), celles enfin basées sur la mesure de l’usage quand on peut le quantifier. Cependant, on peut voir qu’il se dessine actuellement un mouvement pour remettre en cause ces études centrées–usagers. Il ne s’agit pas tellement d’une mise en cause des méthodes de recueil de données car il semble que tout ait été utilisé : de l’enquête par questionnaire, à la conduite d’entretiens, de l’observation directe et " in situ " des comportements des utilisateurs en bibliothèque (déambulation dans les rayons, l’usage ou non des catalogues, interactions avec les professionnels, etc. ) à l’enregistrement de sessions d’interrogation à l’aide de mouchards informatiques et l’ analyse des séquences de commandes afin d’en déduire les stratégies mises en oeuvre par l’utilisateur. Il ne s’agit pas non plus d’une remise en cause des résultats obtenus au niveau de la connaissance des usagers sur des points particuliers (5). L’ergonomie des interfaces, la conception de produits et de services, l’évaluation dans les bibliothèques en ont largement profité. Mais il semble que ces savoirs acquis ne sont pas capitalisés pour produire un modèle général du comportement informationnel. C’est ce que relève Wilson (6) dans un article récent de Journal of Documentation (juin 1999). On dispose en effet de modèles de recherche d’information dans des systèmes automatisés, de choix des sources à consulter, de stratégies de recherche et d’interrogation mais ces modèles ne concernent que la " phase active " du comportement informationnel de l’individu qui s’informe. L’analyse du besoin d’information a été étudiée mais n’a pas produit des modèles convaincants et l’usage qui est fait de l’information trouvée reste le point aveugle que les rares études de satisfaction n’arrivent pas à éclairer. Wilson propose un modèle général du comportement informationnel (information behaviour) qui intègre les différents modèles partiels dont on dispose en tant que composantes du modèle général. Vers un paradigme orienté-acteur Depuis quelques années, et pour sortir du cadre devenu trop étroit du paradigme orienté-utilisateur, des chercheurs se sont penchés sur la nature même de l’information qui n’est plus vue comme une donnée préconstruite qu’il s’agit, pour le professionnel de l’information d’offrir et de rendre accessible, et pour l’usager de repérer dans une collection de documents. L’information est vue comme un processus d’interprétation et d’appropriation cognitive propre à un individu ou un groupe donné. Dans ce cas, comment accéder à la connaissance de ce processus pour l’analyser ? L’hypothèse est faite que pour les personnes engagées dans une activité professionnelle, cette activité contraint fortement le processus informationnel. Dans ce paradigme, l’utilisateur est envisagé comme un acteur social qui, pour agir, et dans le cadre de son activité, fait appel à des systèmes d’information Notes bibliographiques
1. ERSICO, RECODOC et RI3 (1999). Activité et information : vers
un système informatique d'accompagnement et d'assistance. Rapport
final. Agence Rhône-Alpes en sciences humaines et sociales , mars
1999 |